La responsabilité politique est de résoudre les problèmes actuels, mais aussi de préparer l’avenir. L’accident de Fukushima nous a contraint à développer une stratégie énergétique nouvelle, qui se mettra en place sur 20 à 30 ans.
Dans le domaine de l’évolution démographique, les discussions politiques sont beaucoup plus difficiles, émotionnelles ; elles se focalisent sur l’immigration, les réfugiés, les renvois forcés, … Les déclarations de certains politiciens alémaniques face à la présence des Allemands en Suisse surprend par leur vigueur, leur agressivité et leur manque d’analyse à long terme. Pourtant, l’avenir de notre pays, sa prospérité et son bien-être, passent par des réflexions approfondies en matière de démographie, pour pouvoir prendre des décisions en connaissance de cause, et nous devons urgemment sortir de l’attitude schizophrène actuelle.
Les entreprises manquent d’ingénieurs et de spécialistes, de mécaniciens de locomotive ou de chauffeurs de poids lourds, de personnel bien formé dans tous les secteurs ; la santé manque de soignants, d’infirmiers, de médecins ; plusieurs cantons s’acheminent vers une pénurie d’enseignants. En 2011, le nombre de places d’apprentissage a, pour la première fois, dépassé le nombre d’apprentis.
Déjà, la lutte pour la relève s’installe entre la formation professionnelle et les hautes écoles, et l’on parle de campagne d’information pour attirer les jeunes vers la formation professionnelle, de peur qu’elle perde en importance. Notre formation professionnelle est une « success story » et permet une excellente intégration des jeunes dans le monde du travail, contribuant ainsi à un niveau très bas de chômage, chez les jeunes en particulier.
Parallèlement, les professions académiques sont fortement demandées dans l’économie, et les places sont très souvent pourvues par des diplômés venus de l’étranger, Allemagne, France, Italie, Espagne, … Simultanément le débat sur la présence de nombreux étudiants étrangers dans nos hautes écoles fait débat et certains cherchent à en diminuer le nombre en voulant augmenter le montants des taxes d’études spécifiquement pour eux ; souvent, ces mêmes personnes refusent même de discuter le taux – relativement faible en Suisse alémanique – des maturités académiques ou spécialisées.
La concurrence entre formation professionnelle et hautes écoles ne résoudra pas l’équation démographique … Pas plus que les interventions contre la présence des étrangers ou la remise en question de la libre circulation des personnes avec l’Union européenne n’apporteront de solutions ; elles compliquent seulement l’équation.
Pendant vingt ans, le leitmotiv était : la population âgée est trop nombreuse ; au niveau politique, la question du financement des assurances sociales a pris une tournure très partielle et étriquée, et l’évolution démographique n’était appelée à la rescousse que pour montrer le danger du vieillissement de la population. La réalité à ce jour est autre, en particulier pour l’AVS : les comptes de cette assurance sociale à laquelle les Suisses sont attachés sont bons, grâce aux nombreux travailleurs étrangers arrivés en Suisse ces dernières années.
Il est cependant aussi possible de lire l’évolution démographique autrement : la Suisse manque de jeunes ! Nous ne nous épargnerons pas une sérieuse analyse démographique qui englobe, entre autres :
- Les pénuries annoncées de personnel qualifié dans la plupart des secteurs économiques
- l’apport crucial que l’activité professionnelle des femmes représente pour l’économie, pour autant que les conditions-cadres de conciliation famille – profession soient sérieusement développées. Cela commence par la mise en place plus systématique de structures d’accueil pré- et parascolaire, et l’école à horaire continu.
- une étude plus poussée des ressources que représente la qualification professionnelle ciblée des adultes actifs à qui il manque des compétences de base et/ou une formation professionnelle secondaire II pour leur permettre de rester actifs jusqu’à la retraite.
- des flux migratoires réfléchis et voulus, un accueil ciblé des jeunes étrangers, déjà au moment de la formation pour assurer une intégration plus forte pour l’avenir.
Les questions d’utilisation du sol, de logements, d’infrastructures, d’énergies et de mobilité doivent aussi être intégrés dans la réflexion. La fiscalité et le type de promotion économique que nous souhaitons soutenir à l’avenir doivent elles aussi être sérieusement repensées dans l’ esprit d’une économie durable et de la préservation des ressources.
Nous ne pouvons traiter les questions démographiques et migratoires comme si elles étaient déconnectées des autres problèmes politiques, économiques et sociétaux ! Quel développement économique voulons-nous pour l’avenir ? Construisons l’avenir consciemment, réfléchissons aux implications de nos choix sans tabou, pour garder une Suisse ouverte, riche d’une prospérité pérenne et partagée.
Josiane Aubert, conseillère nationale, membre de la commission science éducation culture.


0%

